Dans la vie, il y a parfois des animaux qui semblent nous parler. Même sans rien avoir vécu ensemble, ils ont cette énergie, qui ondule au même rythme que le nôtre, au point de sentir cette osmose inexplicable. Cette ponette, elle fait partie de ces équidés qui font vibrer mon âme depuis notre première rencontre.
Féline, je l’ai connue au manège où j’ai travaillé en 2016. Elle avait été achetée non débourrée, avec son poulain. L’idée était d’éduquer Féline et l’habituer à la vie en manège, et plus tard, faire de même avec son fils (Bambi).
Hélas, le temps a filé, filé et encore filé qu’ils n’avaient encore rien fait avec eux. Féline se montrait également très sensible et montait très vite dans l’émotion. De plus, la monitrice qui avait dû s’occuper de son débourrage a finalement arrêté de travailler à l’écurie et plus personne ne prenait le temps pour eux.

Au tout début où je les avais, je n’avais pas encore eu le temps de m’occuper beaucoup d’eeux,
à l’époque ils logeaient chez une amie en attendant que je prépare ma prairie dans les ardennes belges.
Lorsque j’ai commencé à travailler là-bas, petit à petit, selon le temps que j’avais, j’ai essayé de prendre du temps pour Féline. J’ai d’abord effectué le sevrage qui n’avait toujours pas été fait, essayé de trouver des copains pour Bambi et également pour Féline. Une fois séparés, je me suis organisée pour régulièrement aller promener avec Féline. Je faisais le tour du paté de maison et je la laissais brouter sur le bas côté en milieu de balade. J’ai essayé de la manipuler un rien, tenter de prendre ses pieds (il fallait l’endormir pour les lui faire et par conséquent, le maréchal ne la parrait que rarement), essayer de mettre du matériel sur son dos… Mais ce n’était pas très fructueux à l’époque (mauvaise approche de ma part, sans doute, puis manque de régularité pour installer Féline dans une routine réconfortante, envie d’aller trop vite, etc…).
Au final, durant l’été, je me suis contentée de profiter simplement des quelques moments passés en sa compagnie, malgré les stages et le boulot. Au fil du temps, je m’attachais aussi de plus en plus à ce vilain petit canard, relativement peu appréciée à l’écurie.
Septembre 2016, je décide d’arrêter de travailler au club pour reprendre les études. Travailler là-bas n’avait rien de très enrichissant pour ma pratique équestre et le club semblait mourir à petit feu. Je quittais les chevaux là-bas avec un pincement au coeur, mais pour Féline, j’en étais sûre. J’étais persuadée qu’un jour elle me rejoindrait. Si l’occasion se présentait, je la prendrais et je lui offrirais une petite retraite bien méritée (elle devait déjà avoir une quinzaine d’années… son carnet marque qu’elle est née dans les années 90 mais le dernier chiffre a été gratté, donc impossible à dire).
À mon départ, le club a voulu la vendre 350€. Je n’ai pas réagi à l’annonce. Pour ma part, il n’était pas question de payer ce prix-là pour une ponette de cet âge et qui ne se laissait pas manipuler de surcroît. Je me disais que si elle trouvait acheteur, ce ne serait pas une mauvaise chose. Si elle tombait bien, j’aurais été heureuse pour elle. Et normalement, elle devait avoir trouver quelqu’un mais cette personne a dû se désister. Elle est resté là-bas quelques mois supplémentaires.
Février 2017, la nouvelle tombe.
L’écurie va fermer. Mon ex-patronne doit quitter les lieux dans le mois qui vient, les chevaux y compris. C’est un peu la course pour tout le monde. Mon ex-patronne avait normalement une solution, qui finalement n’en était pas une. J’ai pris des nouvelles, de temps en temps, voir où en était le déménagement, puis la vente des chevaux. Je me creusais la tête dans mon coin, réfléchir pour une solution d’hébergement pour tous ces loulous que j’ai soigné l’hiver dernier. Ma patronne voulait vendre les chevaux et les poneys en lot. Et c’était l’occasion, celle que j’avais attendue.
J’ai posé la question à ma patronne pour ce qu’il en était pour Féline. Que comptait-elle faire d’elle ? Cette pauvre ponette pratiquement jamais manipulée… Elle m’a dit qu’elle serait comprise dans le lot des poneys. Alors j’ai demandé si elle serait simplement d’accord de me la donner. Au bout du fil, ma patronne a semblé réfléchir quelques secondes avant de répondre : « Oui, pourquoi pas… et tu pourrais même prendre Bambi avec. Mais il faudrait qu’ils partent dans la semaine. »
Trois jours plus tard, je venais sur place, à l’écurie, et j’appelais un transport. Féline et Bambi sont partis le jour même chez une amie qui les aura gardés deux ou trois mois, le temps de faire ma prairie de mon côté…

Et voilà comment un simple pressentiment est devenu réalité.
Aujourd’hui, Féline donne ses pieds comme une princesse (elle est même plus patiente que les garçons !), elle se laisse longer (même fait des longues-rênes), elle se laisse facilement attraper en prairie, je la longe, je peux lui mettre un surfaix et une selle sur le dos, un bridon, un mors… On balade encore de temps en temps et je fais parfois le déménagement d’une prairie à une autre en montant les chevaux et en tenant les poneys en longe… Et je lui offre cette belle vie en prairie, que je voulais lui donner, avec son fils et des copains. ♥






